Se former en agriculture biodynamique : Soigner la terre et les hommes

Depuis plus de 25 ans, la formation française diplômante en biodynamie accueille à Obernai (68), et depuis 2014 aussi à Segré (47), de futurs paysans et paysannes à la recherche de savoir- faire et du savoir-être pour soigner la terre et les hommes. Un article paru dans notre Rapport Annuel 2016.

Stagiaires du BPREA d’Obernai. Photo : MABD

Une formation qualifante pensée et conduite par des paysans

Cette formation est née d’une initiative de paysans biodynamistes qui accueillaient déjà des stagiaires sur leurs fermes dans un cadre non formel. La nécessité d’une structure pouvant offrir un statut of ciel aux personnes engagées et le déploiement d’une pédagogique adaptée a réuni tous ces paysans autour d’un projet ambitieux et digne de leurs efforts, celui de créer une formation diplômante à la biodynamie. Ils ont alors déployé beaucoup d’énergie pour faire naître la formation qu’ils auraient souhaitée pour eux-mêmes. De nombreuses réunions ont eu lieu pour la formation des formateurs au travail de groupe, à ce que signi e la formation d’adultes et aux approches pédagogiques. Le Brevet Professionnel Agricole (BPA) a vu le jour en 1990, en collaboration avec le Centre de Formation Professionnelle Pour Adultes (CFPPA) d’Obernai. En 2006, la formation a évolué vers le Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole (BPREA) polyculture élevage adapté à la biodynamie, diplôme nécessaire pour s’installer en tant qu’agriculteur et pouvoir prétendre aux aides à l’installation.

Acquérir un regard conscient sur le vivant

Dès le commencement, les orientations pédagogiques de la formation sont décidées par un collège composé de paysans et de formateurs dans le but de proposer un cursus complet alliant les bases scienti ques et les savoir-faire techniques agricoles à une approche phénoménologique de la nature et du vivant pour favoriser la naissance d’un regard conscient sur le monde. Des pratiques artistiques viennent compléter cette formation pour lui inspirer un souf e vivant, et pour lui apporter la nourriture du cœur. Et en n, les deux périodes de stage dans des fermes en biodynamie offrent une possibilité d’exercer ce qui a été acquis pendant les cours théoriques.

La formation respire au rythme des saisons : les quatre mois de cours théoriques qui ont lieu au centre de formation en hiver sont ponctués de sept mois de stage sur le terrain en production végétale (maraîchage, grandes cultures ou plantes aromatiques et médicinales) et en production animale (élevage laitier ou allaitant), et cela sur deux ans. Les maîtres de stage se rencontrent trois fois par an pour échanger sur la pédagogie mise en œuvre sur les fermes, et sur les difficultés qui peuvent survenir pendant les stages.

Au cours de ces deux années, la formation permet à chaque stagiaire de développer une relation personnelle tant avec le monde animal que le monde végétal, indépendamment de leurs projets d’installation respectifs. En effet, même un maraîcher ou un céréalier doit connaître la réalité de l’éleveur, avec qui il travaillera sûrement, pour tendre à la constitution d’un organisme agricole à l’échelle de sa ferme ou bien à une échelle plus large, offrant par la présence de l’animal une fertilité durable à la terre.

Changer le visage de la société

La question de l’argent et du financement est aussi étudiée et expérimentée pendant la formation, notamment par une caisse commune de solidarité, alimentée par les maîtres de stage et gérée par ces derniers et les stagiaires. Cet outil permet non seulement de répondre aux besoins annexes de la formation mais offre aussi un support pédagogique concret pour étudier le rapport à l’argent et sa gestion collective.

Stagiaires du BPREA d’Obernai. Photo : MABD

Par ailleurs, la formation met l’accent sur l’aspect social et sur la connaissance de soi, puisque l’homme d’aujourd’hui est porteur de l’humanité en devenir. Son attitude intérieure et extérieure sert de véritable levain pour cette humanité. Cet aspect est d’autant plus important que la majorité des ruptures sur les fermes ne sont pas dues à des difficultés économiques ou techniques mais à un manque de savoir-être dans la collectivité.

S’il fallait choisir une qualité avec laquelle l’équipe pédagogique souhaiterait voir repartir les stagiaires, ce serait des sens plus développés, une capacité d’observation accrue : une façon de regarder le vivant, les végétaux, les animaux permettant d’agir ensuite en conscience en respectant ces êtres.

Nombreux sont ceux qui se tournent aujourd’hui vers l’agriculture avec un idéalisme fort, une conscience écologique marquée et la ferme ambition de changer le visage de la société, de relocaliser l’économie, de proposer une alimentation saine et de qualité, de mettre en pratique une autre agriculture, au service de la terre. Cette formation crée pour tout chercheur de vérité un espace qui va dans ce sens, où l’émergence d’une véritable connaissance est possible pour se situer activement, en tant qu’être humain libre, dans une société complexe.

Maryna Bogdanok et Martin Quantin

À propos du BPREA

Le Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole (BPREA) est la seule formation française diplômante en biodynamie. Le BPREA est coordonné par le Mouvement de l’Agriculture Biodynamique (MABD) en collaboration avec le Centre de Formation Professionnelle Pour Adultes (CFPPA) d’Obernai (68) et, depuis 2014, le Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricoles (également CFPPA !) de Segré (47).

Plus d’informations :

www.bio-dynamie.org/formations/formations-diplomantes/