Les Anges de Travers

 

En janvier dernier, la Fondation Paul Coroze me proposait d’écrire un témoignage sur mon expérience. J’ai accepté avec grand plaisir. Puis est venu le temps de l’écriture… et aussi celui des doutes… Par quoi commencer ? De quoi parler ? Quel ordre choisir ?

Alors j’ai simplement décidé de laisser parler mon cœur. Et tout naturellement ce sont, avant tout, d’immenses et chaleureux remerciements qui introduiront cet article. C’est essentiellement grâce au soutien de la Fondation Paul Coroze que j’ai pu, en septembre 2017, intégrer l’École Actéon et suivre sa formation professionnelle de l’acteur durant 3 ans. La Fondation Paul Coroze m’a permis de financer une grande partie de cette formation, grâce à des dons (bourses) annuels ainsi que des prêts étudiants. Sans ce soutien, je n’aurais jamais pu intégrer cette formation et espérer pouvoir me rapprocher si près de mon rêve ou plutôt de mon objectif de vie.

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu faire du théâtre. Toute petite, je participais déjà à de nombreux ateliers, puis j’ai intégré des groupes amateurs. À 18 ans, j’ai débuté mes études en Arts du Spectacle, à l’université Paul Valéry de Montpellier. J’ai obtenu une licence en 2008. Puis, après l’obtention d’un Master Direction Artistique de Projets Culturels en 2010, est arrivé le moment important d’entrer dans la vie active.

Pendant mon cursus de 2 ans (Master), j’avais intégré la galerie d’arts contemporains Hambursin-Boisanté, comme stagiaire. Une fois le diplôme obtenu, cette galerie m’a recrutée comme assistante galeriste. Hélas, quelques mois seulement, la galerie ayant fermé. Ce fut très difficile de retrouver un emploi dans le secteur artistique et culturel. J’ai dû enchaîner des petits contrats… Mais fort heureusement, ça n’a pas duré longtemps. 

Au bout de quelques mois, j’ai eu la chance de rejoindre la Régie Scène Cinés, où je suis restée 5 ans. J’y ai débuté comme médiatrice culturelle au cinéma de Fos-sur-Mer, puis je suis devenue responsable jeune public et chargée des relations publiques au Théâtre La Colonne de Miramas et, pour finir, au théâtre de Fos-sur-Mer. Ces missions me plaisaient énormément. Il s’agissait de faire découvrir le théâtre aux enfants et adolescents, leur proposer diverses activités culturelles et artistiques autour des spectacles. Mais aussi d’assurer le lien avec les compagnies et les publics pour la programmation.

Cependant, comme en filigrane, quelque chose me manquait profondément. Créer, inventer, jouer ! Chaque fois qu’une compagnie arrivait et se produisait au théâtre, un étrange sentiment de mélancolie et d’envie m’envahissait.

L’année de mes 28 ans, j’ai décidé de sauter le pas, convaincue que si je ne tentais pas ma chance, à ce moment-là, je ne le ferais jamais. J’ai démissionné et j’ai cherché et testé différentes formations professionnelles de l’acteur. La majorité des formations étaient exclusivement réservées aux personnes de moins de 25 ans, d’autres étaient extrêmement chères ou avec un contenu décevant et parfois les deux. En 2016, j’ai repris le théâtre amateur au sein de l’École Actéon, sans même savoir qu’elle proposait, en plus des cours amateurs, un cursus professionnel.

Au bout de quelques mois de cours hebdomadaires avec Wilhelm Queyras, plus aucun doute possible, j’avais bel et bien trouvé l’école que je souhaitais intégrer pour apprendre le métier de comédienne. Le directeur m’a parlé de la Fondation Paul Coroze et de ses actions et aides aux formations. C’est à ce moment-là que l’aventure a commencé ! 

La formation dispensée est unique et novatrice. Elle est basée sur l’imagination par l’action et issue du Cours aux acteurs de Rudolf Steiner. Pendant 3 ans, j’ai été formée à de très nombreuses techniques artistiques, comme :

-l’interprétation, en passant par le conte, la poésie, la tragédie,

-l’art de la parole, avec une technique spécifique de l’École Actéon,

-l’improvisation,

-la comédie.

J’ai aussi découvert de nombreux autres arts et pratiques artistiques comme le chœur parlé, l’eurythmie, la danse Laban, et j’ai participé à plusieurs stages d’approfondissement portant sur le clown, le mime, la commedia dell’arte, les masques, l’escrime théâtrale, les cascades, la mise en jeu face à une caméra. Au-delà des techniques et de l’art lui-même, cette formation a été, plus que tout, une merveilleuse aventure humaine et spirituelle. Trois années faites de rencontres avec des personnes extraordinaires, que ce soit parmi mes camarades ou au sein même de l’équipe pédagogique. Ensemble, nous avons pu créer et monter de beaux projets, et continuons encore à ce jour.

Ma formation à l’École Actéon s’est terminée, mais l’aventure continue de plus belle ! Il y a deux ans, avec un de mes camarades, devenu mon compagnon, nous avons créé, en parallèle de notre formation, notre propre compagnie de théâtre. Elle a pour nom « Les Anges de Travers ».

Nous travaillons actuellement à la création de notre tout premier spectacle « L’Homme poubelle : Ensemble vers l’Harmonie Sociale ! ». Nous espérons pouvoir le présenter au public en septembre 2021. C’est un travail titanesque que nous avons entrepris. En effet, nous assurons, seuls, tout le côté artistique mais aussi toutes les fonctions administratives. Et la crise sanitaire que nous traversons n’a, bien sûr, pas facilité notre travail. Cependant, nous avons la chance d’avoir noué des partenariats, le premier avec l’École Actéon, dont les fondateurs et dirigeants continuent à suivre, amicalement, nos avancées et nous permettent de travailler dans les locaux de l’école. Le second avec le théâtre 11 Gilgamesh Belleville, qui nous soutient dans nos projets. 

Le métier de comédien est dur et éprouvant, tant physiquement que mentalement, et ne nous permet pas, à ce jour, de vivre financièrement de manière aisée, surtout dans le contexte actuel. Mais forts de nos motivations et convictions, nous avançons quand même et avec plus de force, de rage et de passion. Certes, cela nous demande beaucoup d’engagement et d’implication, mais c’est aussi la vie la plus épanouissante que j’aie pu connaître, et j’ose dire qu’elle est merveilleuse. À force de travail, petit à petit, nous voyons s’esquisser ce dont nous rêvions en commençant la formation avec Actéon. Et nous avons bien l’intention de concrétiser et faire vivre ce projet.

Nous espérons, bien sûr, à plus long terme, développer notre compagnie et partager notre univers et notre passion, par d’autres créations. Et je forme le vœu, au détour d’éventuelles collaborations futures avec la Fondation, de pouvoir aider, à notre tour, d’autres personnes à réaliser leur rêve.

Floriane Douat

La compagnie Les Anges de Travers
est à retrouver sur Facebook : 
@cielesangesdetravers

 

Image : Floriane lors de la pièce de théâtre “L’homme poubelle : Ensemble vers l’Harmonie Sociale”.  Photo : Les Anges de Travers